Thomas Fersen

C?est un gros bouquet de bleuets qui salue le 4 janvier 1963 la naissance, dans la clinique parisienne du meme nom, de Thomas Fersen. Qui ne se prenomme pas Thomas ni se denomme Fersen. La famille (le pere est employe de banque, la maman infirmiere) est deja riche de deux filles (de quatre et deux ans ses ainees). Grandir dans le Val-de-Marne, c?est bien, mais passer ses vacances sur les berges de la Loire en compagnie d?un grand-pere (egalement employe de banque, mais surtout amateur de musique) et une grand-mere qui ne goute rien plus que deambuler dans les allees du cimetiere du Pere-Lachaise, c?est mieux.

Ses annees Nick Cave

Un demenagement dans le XXeme arrondissement de Paris (l?immeuble est partiellement peuple de locataires atteints de deficience mentale, les caves propices a l?apprentissage de la guitare jazz, un magasin de musique bienheureusement mitoyen et le monde s'offre a l?adolescent) provoque l?achat d?une guitare par les parents, comme on soigne une affection infantile. Mieux encore, les voyages a Londres offrent de nouvelles perspectives et de nouvelles decouvertes.

Une installation dans le VIIIeme arrondissement et le passage oblige par la case baccalaureat (en l?occurrence scientifique) n?empeche pas la formation de plusieurs groupes?? tres anglophiles ? ni l?edification d?un premier trone, pour une premiere idole, Nick Cave.

Le service militaire (1984-1985) est suivi d?un periple a Cuba, en Scandinavie (la Norvege lui inspirera un cortege de chansons) et en Amerique centrale. Le jeune homme en revient nanti d?une nouvelle identite : il opte pour Thomas (en reference a Thomas Boyd, footballeur ecossais du Celtic Glasgow, qui entrera plus tard dans l?Histoire pour avoir marque contre son camp face au Bresil lors de la Coupe du monde 1998) et Fersen ? a l?instigation de Papa ? en reference a un amant presume de la reine Marie-Antoinette. Mais parce qu?il faut bien vivre, il survit grace a quelques petits boulots lies a l?informatique ou pas (imprimeur, cableur).

De Robert Doisneau

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? Ton Heros Jane ?, premier 45-tours, sort en 1988 (grace a un ami, le guitariste Vincent Frerebeau, employe par le label Vogue), mais dans l?indifference generale. Deux ans plus tard, nouveau disque (? Le Peuple de la nuit ?) et premier enfant (la petite fille se prenomme Juliette et la maman est pianiste de bar) : Fersen n?est alors meme pas un espoir de la chanson francaise. Le chanteur decide neanmoins de perseverer et c?est dans l?arriere-salle d?un restaurant thailandais qu?il rode ses nouvelles compositions.

C?est un premier album orne d?une photographie de Robert Doisneau (Le Bal des Oiseaux en 1993, alors que Frerebeau a integre la multinationale Warner) qui declenche tout. Apres deux annees de preparation, l?album est enregistre dans un cinema? breton desaffecte. Le Bal des Oiseaux recueille tout d?abord un succes critique (certains journalistes y decelent de prime abord le renouveau de la chanson francaise), puis public.

Il se voit gratifie l?annee suivante de la Victoire de la musique dans la categorie ? Revelation masculine ?. Thomas Fersen se produit alors aux deux Francofolies (Montreal et La Rochelle). Et la meme annee, il est rejoint par le guitariste virtuose Pierre Sangra (qu?on a pu apprecier aux cotes de Tony Truant ou Joseph Racaille), qui contribue jusqu?a aujourd?hui a instaurer des climats de nonchalance et de folie douce dans les chansons pas nettes du Parisien.

...a Jean-Baptiste Mondino

En 1994, Thomas Fersen est laureat du prix Radio France du Talent de l?annee. Un nouvel album, enregistre a Paris et au Danemark (Les Ronds de Carotte en 1995) voit sa pochette illustree d?un cliche de Jean-Baptiste Mondino : une etrange iconographie, pour une poesie qui ne l?est pas moins.

Apres une tournee promotionnelle de rigueur, un nouvel enregistrement (effectue entre Paris et New York) et un nouveau succes (Le Jour du Poisson en 1997), produit par Joseph Racaille, accueille quelques prestigieux invites, comme l?accordeoniste et bandoneiste Richard Galliano et le violoniste Didier Lockwood. La meme annee, Frerebeau cree le label Tot Ou Tard (filiale de Warner, puis independant a partir de 2002) : Thomas Fersen en devient instantanement l?un des fleurons.

En 1999, Qu4tre creuse plus profondement encore l?absurde nourrissant l?inspiration du chanteur : chez Thomas Fersen les assassins sont sympathiques et les chauve-souris amoureuses. En 2001, Triplex (La Cigale, Le Cabaret de Montreal, L?Europeen), album en public enregistre entre 1998 et 2001, fait suite a (et conclut) une importante tournee.

Marie Trintignant

Avec Piece Montee des Grands Jours (2003), Fersen tisse des liens aussi inattendus que charnels entre gastronomie et erotisme, en particulier a l?occasion d?un duo avec Marie Trintignant. En 2004, son nouvel enregistrement s?intitule La Cigale des Grands Jours et couple un DVD et un CD.

Sur la photo du recto du livret de Le Pavillon des Fous (2005), il se montre tel qu?on le voit, et tel qu?il se sent : double, a la marge et faussement innocent. En 2007, decidement jamais la ou on peut le supposer le trouver, Thomas Fersen edite un Best of de Poche, certes, mais construit autour de nouvelles versions de ses chansons, interpretees a... l?ukulele.

En septembre 2008, un nouveau millesime est baptise Trois Petits Tours.

Jardinier d?un potager aux legumes hautement symboliques, Monsieur Loyal d?un bestiaire ou se croisent animaux tristes et gens ordinaires (qui ont toujours des histoires a faire valoir), c?est d?une voix grave et sur un ton leger que Thomas Fersen definit la limite de son inspiration : la ligne d?horizon. Par-dela les superlatifs, assurons que, si la memoire du poete Jacques Prevert et les plaques sensibles du photographe Robert Doisneau chantaient, elles repondraient au nom de Thomas Fersen.

Copyright 2010 Music Story Christian Larrede