Fernandel



Ave l?assent

Fernand Joseph Desire Contandin, ne le 8 mai 1903 a Marseille, se frotte tres tot au monde du spectacle : son pere, comptable de profession, se produit regulierement comme chanteur dans les cafes-concerts de la cite phoceenne, sous le pseudonyme de Sined. Accompagnant regulierement son pere, le petit Fernand devient vite un habitue des salles et arriere-salles marseillaises. Enfant, il monte deja sur scene avec son frere aine Marcel, pour interpreter des titres humoristiques, avec une preference pour le comique troupier. Les deux freres reprenant le pseudonyme de leur pere, l?aine se fait appeler Marcel Sined et le cadet, Fernand Sined (Francis, le troisieme frere, ne en 1914, connaitra plus tard une carriere de comedien sous le nom de Fransined). A sept ans, Fernand apprend a surmonter definitivement le trac en faisant involontairement rire le public, alors qu?il s?etale sur la scene. Il interprete ? Le Petit objet (Ah ! Mademoiselle Rose ?) de Polin a la Scala de Marseille. On remarque deja son profil legerement chevalin, qui s?accentuera avec l?age.

En 1914, le jeune chanteur est second du Concours Comoedia de la Chanson organise au theatre du Chatelet de Marseille. Mais peu apres, alors que la Premiere guerre mondiale eclate, le pere de Fernand est mobilise : le jeune adolescent doit mettre un temps ses ambitions artistiques au rencart et multiplie les petits boulots pour vivre. Il finit par reprendre le chemin de la scene, pour se produire en tant que chanteur en parallele a ses emplois alimentaires. C?est au debut des annees 1920 qu?il adopte le pseudonyme de Fernandel, invente par hasard par la mere de sa fiancee qui, voyant arriver le soupirant de sa fille, s?ecriait ? Tiens, voila le Fernand d?elle ! ?. Fin 1922, encourage par son premier gros contrat a l?Eldorado de Nice, le jeune fantaisiste decide de se consacrer a temps plein a sa carriere artistique, adoptant definitivement son nouveau nom de scene dans le meme moment. Marie en 1925, Fernandel doit partir sous les drapeaux peu apres. L?annee suivante, alors qu?il est depuis peu demobilise et papa d?une petite fille, sa carriere artistique prend son envol : le directeur de l?Odeon de Paris, ayant besoin de remplacer un artiste parisien que le public local avait hue, engage Fernandel.

Chauffeur de salles

Toujours attache a son repertoire de comique troupier traditionnel comprenant les classiques de Polin (? La caissiere du Grand Cafe ?) et ses nouvelles creations (? Ignace ? et ? Barnabe ?) le jeune chanteur-humoriste triomphe et se voit engage par le directeur de la Paramount francaise pour animer dans ses salles les entractes entre les films. Durant l?annee 1927, Fernandel arpente les salles Paramount de ville en ville, remportant a chaque fois le succes avec ses chansons comiques et assurant sa notoriete dans plusieurs grandes agglomerations francaises. En fin d?annee, il participe a Paris a la revue donnee a Bobino. Il sort en 1929 un premier disque, compose de monologues comiques, le suivant l?annoncant comme ? Fernandel, le comique troupier des salles Paramount ?. Passe ensuite chez Pathe pour un engagement similaire, Fernandel ne compte cependant pas s?arreter au role d?amuseur de salles de cinema : installe a Paris pour mieux gerer sa carriere, il voit sa notoriete faire un bond grace a sa participation au spectacle Nu Sonore.

Idole des foules

En 1930, il tourne son premier long-metrage au cinema, Le Blanc et le noir, et doit desormais gerer un emploi du temps massacrant, tournant la journee et chantant sur scene le soir. L?effet sur la qualite de ses engagements comme comedien est mitige, Fernandel ayant une certaine tendance a privilegier la quantite (ce qui ne l?empeche pas d?attirer les foules). Grace a Marcel Pagnol, qui l?engage en 1934 pour son film Angele, le marseillais chevalin prouve neanmoins ses qualites d?acteur ? serieux ?. En tant que chanteur aussi, tout va bien pour Fernandel, qui collabore avec des paroliers de talent comme Jean Manse (son beau-frere) et Albert Willemetz, et multiplie tant qu?il peut les recitals a travers la France, en se produisant egalement a l?etranger. Ses disques, qu?il s?agisse de sketches comiques (parfois avec d?autres humoristes comme son vieil ami Andrex) ou de chansons (issues ou non de ses films), se vendent tres bien, avec des titres comme ? Le Pere Lapuce ?, ? Tapez dans l?tas ?, ? Ne te plains pas que la mariee soit trop belle ?, ? Moi je n?aime que la Polka ?, ? Faut pas bouder Bouddha ? ou ? C?est au rythme d?un tango ?. Fernandel participe a des revues, comme celles de Folies-Bergeres, ce qui lui donne encore l?occasion de sortir des disques, et d?enrichir un catalogue de chansons destine a compter jusqu?a 300 titres ? des reprises d?autres artistes comme Georgius, mais surtout des originaux, dont le plus connu est sans doute l?illustrissime ? Felicie aussi ?.

Sous contrat avec de gros labels comme les disques Columbia, l?ancien comique troupier est un artiste complet, avec de nombreuses cordes bien tendues a son arc. C?est sur les planches que Fernandel, tres forte presence scenique, donne le meilleur de lui-meme, melant chansons et monologues et faisant de certains titres de veritables sketches comiques a part entiere. Amuseur populaire, le chanteur se risque parfois a des sujets un peu plus risques, comme avec ? Francine ?, qui se veut, a la veille de la guerre, une charge contre la propagande : ? Faut pas, faut pas Francine / Ecouter les racontars / Des badauds par trop bavards (...) Faut pas, faut pas Francine /Te laisser degonfler par les aneries des canards ?.

Petanque et pastis

Protege par son statut de vedette populaire, Fernandel traverse la Seconde guerre mondiale, l?Occupation et la Liberation sans trop d?encombres, continuant sans coup ferir sa double carriere d?acteur-chanteur. Donnant l?impression de se repeter un peu, faute de remise en cause, Fernandel doit attendre 1952 pour trouver, avec le film Le Petit Monde de Don Camillo, un enorme succes a la hauteur de sa notoriete : il n?en demeure pas moins l?un des artistes les plus aimes des francais. Il multiplie les disques, de chansons (beaucoup de reprises de ses anciens succes, comme ? Ignace ?), de sketches ou de lectures (on l?entend par exemple lire Les Lettres de mon Moulin, d?Alphonse Daudet, ou bien des contes pour enfants comme Aladin et la lampe merveilleuse).

Chansons pour adultes comme pour enfants, mais aussi pas mal de folklore : dans les annees 1960, Fernandel use beaucoup ? abuse, diraient certains ? du folklore marseillais et provencal, tendance ? assent et Canebiere ?, avec des disques et des titres comme Fernandel chante la Provence, ? L?Ane qui avait l?accent ? ou ? La Bouillabaisse ?. Sans perdre l?affection du public, Fernandel voit sa carriere marquer un peu le pas, multipliant notamment les films de qualite tres moyenne et apparaissant un peu comme un sympathique has-been. Il demeure neanmoins une vraie bete de scene et le prouve en se produisant en 1968 au Carnegie Hall de New York, devant un public americain ravi de decouvrir ce veteran francais. Malgre un beau dernier role dans le film Heureux qui comme Ulysse, il n?aura pas le temps de redresser tout a fait la barre : malade, il doit interrompre le tournage d?un sixieme Don Camillo.

Le cancer du poumon l?emporte le 26 fevrier 1971 . Si ses films et ses chansons ne sont pas tous demeures dans la memoire collective, Fernandel demeure l?une des plus fortes personnalites de la culture populaire francaise et un exemple parfait de grande vedette du Music-Hall, ayant su faire le grand ecart entre chanson et comedie, pour atteindre dans les deux cas les sommets de la notoriete.

Copyright 2010 Music Story Nikita Malliarakis