En 1966, alors que Bob Dylan se coupe d?une partie de ses fans en electrisant sa musique (le magnifique Live 66?), Neil Young debute au sein du groupe pop Buffalo Springfield dont l?existence durera officiellement 25 mois. Guitariste solo, il acquiert au contact de l?excellent guitariste et compositeur Stephen Stills (qu?il suivra dans Crosby, Stills, Nash and Young) l?experience de la scene et l?envie d?ecrire et de chanter pour lui-meme.
Buffalo Springfield produira trois albums (?Buffalo Springfield? en 1966, Buffalo Springfield again? l?annee suivante, Last time around? edite apres la rupture) qui refletent les difficultes d?existence du groupe liees a l?insucces commercial des deux premiers disques et au conflit ouvert entre Stephen Stills et Neil Young. Celui-ci s?absente souvent, lors de promotions tele du groupe ou pendant des festivals prestigieux (Monterey Pop Festival de 1967) et de fait, ne propose a ses compagnons que des chansons deja achevees et arrangees (les superbes ??Expecting to fly?? et ??Broken Arrow??). De cette aventure collective, il reste leur second album ?Buffalo Springfield again? qui marque l?histoire de la musique des annees 60 avec que deux morceaux de legende (??Mr Soul ?? de Neil Young dont la rythmique est empruntee au ??Satisfaction?? des Rolling Stones, ??For What It?s Worth??ecrit par Stephen Stills, classe 7eme dans les charts).
Seul, le solitaire sort son premier album solo, Neil Young, en 1968, marque par l?orchestration luxuriante de Jack Nitzsche (qui officiait deja sur certains morceaux du Buffalo) mais duquel ressortent quelques perles (??The Loner??) avant de s?achever sur un surrealiste ??Last trip to Tulsa?? de 9 minutes ou Neil Young n?apparait pas plus clair que son texte.
Au moment de l?enregistrement de son deuxieme album, Everybody knows this is nowhere, en 1969, nait la premiere collaboration avec le Crazy Horse, groupe qui l?accompagne encore. Neil Young rejoint bientot Crosby, Stills et Nash pour former une des groupes majeurs des 60's. La perfection de l?ensemble n?a d?egale que le talent individuel des quatre createurs du groupe qui composent et jouent alors une serie de chefs d?oeuvre portes par de magnifiques harmonies vocales et de longs echanges de guitare entre Stephen Stills, Neil Young et David Crosby que l?on retrouve dans le fameux Deja vu de 1970 mais surtout en concert au Filmore East de New-York au printemps 1971 (4 Ways Street?). ??Helpless??, ??Country girl??, ??Almost cut my hair?? sont les temoignages de cette deuxieme tentative de vie en groupe de Neil Young qui, comme il l?avait fait au sein du Buffalo, ne cessera de se demarquer des autres musiciens au point de reserver ses meilleures chansons pour les albums solos (After The Gold Rush) qu?il compose en parallele. Detestant jouer dans les stades ( lors du concert evenement de Woodstock en 1970, il menace de ne pas jouer si les cameras ne sont pas eteintes et n?apparait donc pas sur le film), il reproche egalement aux autres leur manque de spontaneite (arrangements sans fin des chansons studios) et leur egocentrisme ce qu?il resumera en qualifiant Deja vu? d?album enregistre par CSN plus Y.
L?enorme succes du groupe, en fusion totale avec l?epoque, (chansons contestataires sur le Vietnam ou sur les droits civiques telles ??Ohio???et ??Southern man??) tournera helas la tete de ses membres qui feront leur dernier concert a leur pic de popularite en juillet 1970 avant de chacun commencer une carriere solo de courte duree, sauf pour Neil Young qui voit rapidement sa strategie de distanciation recompensee au moment ou le courant contestataire s?essouffle et que la jeunesse americaine acquiert une vision plus cynique et moins naive du monde. La vie communautaire passe de mode et Neil Young peut repartir en solitaire et en tete des ventes avec Harvest? en 1972, album qui s?affranchit des mauvaises critiques pour obtenir un succes immediat porte par le tube ??Heart of Gold??. Neil Young tient la sa premiere recompense individuelle mais n?aura pas le temps d?en profiter longtemps, l?annonce de la mort par overdose de son guitariste et ami Danny Whitten, membre du Crazy Horse, le plongeant dans une phase depressive qui paradoxalement l?inspirera au point que deux des trois albums (la trilogie de la boue) qu?il enregistrera durant cette sombre periode sont aujourd?hui consideres comme ses meilleures productions?: oublier le concert hai de la tournee des stades, Times fade away, pour mieux apprecier le disloque Tonight?s the night?, enregistre en studio mais en direct, et la perle On the beach?, purges claustrophobiques censees extirper le mal par le jeu, ou le restant du Crazy Horse, retrouve pour l?occasion, se noie dans l?alcool et dans des blues frustres aux rythmes decales et aux chants plaintifs.
Neil Young enterre la son reve hippie et rentre dans l?age de l?amertume au cours d'une tournee deroutante ou le public meduse, au lieu des balades country d?Harvest, assiste a la mise a nu de l?ame du plus que jamais Solitaire a travers des monologues sans fin sur Danny Whitten et Bruce Berry, autre proche de Neil Young, decede lui aussi.
La redemption viendra par le collectif, d?abord avec Stephen Stills pour une experience de courte de duree qui debouchera sur l? album Long may you run? et une tournee que Neil Young abandonnera en plein milieu, puis par une serie de disques avec le Crazy Horse et son nouveau guitariste?: Zuma? et Rust never sleeps? en sont les exemplaires les plus notables, le point culminant etant atteint avec Live Rust? qui resume la schizophrenie du canadien a travers ses deux faces acoustique et electrique.
Les annees 80 voient l?artiste tenter de trouver a tout prix une issue a ses malheurs recurrents (ses deux enfants se revelent autistes) en s?aventurant sur les territoires extremes de l?electronique-rock, du rock?n?roll rose bonbon et de la country traditionaliste ringarde avec un insucces merite.
Le retour en grace du guitar-hero se produit au moment de la vague grunge qui reconnait en lui l?un de ses precurseur au titre de ses larsens legendaires et autres murs du son qu?il retrouve avec bonheur en meme temps que son Crazy Horse?: en 1990, ?Ragged Glory? le voit monter sur ses grands chevaux et relance une carriere qui, on se refait pas, alterne alors projets acoustiques en solo (la suite d?Harvest?: ?Harvest Moon?) et cavalcade electrique avec le Cheval Fou ou meme les jeunots de Pearl Jam. Il exorcise patiemment la mort de Kurt Cobain, leader du groupe Nirvana, par des chansons dans lesquelles l?amour prend une place preponderante?sans pour autant retenir la rage qu?il porte en lui dans son dernier opus, Living With War, brulot incandescent adresse a l?Amerique et a son president responsable de la guerre en Irak qui rappelle a Neil Young les cauchemars du Vietnam.
L?homme revisite ainsi son passe, au gres des reformations episodiques de Crosby, Stills, Nash et Young, et des parutions d?inedits tirees de ses archives (en 2006, le Live At Filmore East enregistre en 1970) et illustrant l?extraordinaire creativite d?un auteur-compositeur qui aura su se demultiplier en solo ou en groupe et creer tous azimuts un repertoire qui indubitablement prend place parmi les classiques de la musique rock.
Copyright 2010 Music Story Thierry Gaydon
- 2014