Ne a Montbrison, dans la Loire, en 1925, Pierre Boulez s'oriente tout d'abord vers une carriere scientifique avant que sa passion naturelle pour le piano (qu'il pratique depuis sa prime jeunesse) ne l'amene au Conservatoire de Paris en lieu et place de l'Ecole Polytechnique qu'il avait initialement choisie. Etudiant sous la direction d'Olivier Messaien et Rene Leibowitz (avec lequel il se brouille), il finit laureat du Conservatoire alors que l'Occupation s'acheve. Sans autre travail que celui de compositeur, Boulez ecrit quelques sonates, cantates et sonatines qui recoivent un bon accueil de la part de la profession. C'est surtout sa ??2e sonate pour piano??, en 1948, qui le fait remarquer et lui permet d'obtenir la direction musicale du Theatre Marigny et de la compagnie Renaud-Barrault.
Surrealisme serialiste
En 1953, il prend la direction des Concerts du Petit Marigny qu'il transforme en Domaine Musical, laboratoire d'idee sur la musique dodecaphonique en plus d'etre un vivier de jeunes talents. Essentiellement chef d'orchestre et theoricien, il n'en compose pas moins quelques exercices musicaux d'un certain classicisme (??Le Marteau sans maitre??, ??Le visage nuptial??...) mais qui frolent parfois la musique concrete developpee par Pierre Schaeffer, a l'image de ??Poesie pour pouvoir - pour recitant, orchestre et bande magnetique??. Peu conventionnel dans sa maniere d'ecrire et de concevoir la musique, Boulez est l'un des ardents defenseurs d'une certaine forme de serialisme, laissant a l'interprete le choix de jouer - ou pas - certains morceaux d'une partition. Quant a son inspiration, elle se trouve du cote des poetes surrealistes comme Rene Char ou Henri Michaux qu'il met a plusieurs reprises en musique, marquant la une jonction entre le style surrealiste et le serialisme symphonique.
L'IRCAM
S'il continue a enseigner et a mener les orchestres du Petit Marigny, il s'installe sur le sol allemand en 1958, a Baden-Baden et accepte une place d'enseignant a l'Academie de Musique de Bale, en Suisse. Darmstadt et Harvard font egalement appel a ses dons de conferencier et de pedagogue dans les annees qui suivent. Compositeur doue, Boulez n'en est pas moins non plus un homme de son temps, concevant la musique non seulement comme un objet artistique, mais egalement comme un domaine relevant du social et du politique. S'il devient l'une des betes noires d'Andre Malraux, il est, en revanche, dans les petits papiers du President Pompidou qui lui laisse carte blanche pour creer l'Institut de Recherche et de Cooperation Acoustique/Musique (IRCAM), institut a la fois artistique et technique, etudiant la musique et le son sous differentes approches culturelles et scientifiques.
La renommee de Boulez est telle qu'il mene en 1966, c'est a la demande de l'heritiere Wagner qu'il mene Parsifala Bayreuth. S'il est regulierement appele a diriger les orchestres philharmoniques les plus prestigieux (Cleveland, New York, Bayreuth, Baden-Baden...), il n'est guere prophete en son pays car certaines officines gaullistes encore influente au confluent des annees Giscard le tiennent eloigne des plus grands orchestres francais. Si la volonte expresse de George Pompidou, puis de sa veuve, le maintient a la tete de l'IRCAM envers et contre tout, il n'est guere appele a de hautes fonctions artistiques.
Cela ne l'empeche pas de continuer ses experimentations musicales particulieres comme ??Rituel in memoriam Bruno Maderna?? ou ??Messagesquisse?? lorsqu'il ne se plonge pas dans le patrimoine de Mahler (son idole), de Stravinski ou meme de Stockhausen, assumant ainsi son engagement dans un mouvement proche de celui de la musique concrete.? ?
La rehabilitation
Avec l'arrivee au pouvoir de VGE et la redistribution des cartes qui s'ensuit, Boulez revient en grace a Paris et nulle part ailleurs qu'au College de France ou il est sollicite pour donner ses ??lecons de musique?? dont seront tires plusieurs ouvrages. Le passage des annees voit Boulez continuer a conduire des orchestres et interpreter les ?uvres de Bartok, Schoenberg, Wagner, Debussy, Ravel... l'esprit sautillant de Boulez ne se contente pas de diriger des philharmoniques, mais participe parfois a des projets moins conventionnels en association, par exemple, avec Frank Zappa en 1984. A l'epoque, Rock & Folk titre?: ??Pierre Zappa deteste le rock. Frank Boulez aussi et ils le prouvent??. Car si les univers musicaux des deux artistes sont a des annees-lumiere l'un de l'autre, ce rapprochement demontre qu'en plus d'etre deux musiciens talentueux, ils n'en sont pas moins des freaks que leurs contemporains et semblables jugent comme deviants par rapport aux normes de leurs temps.
Toujours scientifique dans l'ame, Boulez concoit sa musique comme une serie de cellules en pleine mutation qui evolue sans oublier pour autant les composantes d'origine. Somme toute, une vision pas si eloignee de celle de Pierre Schaeffer et Karlheinz Stockhausen. ?
Boulez?: XXeme siecle
Considere comme une figure de la composition, Boulez participe, au cours des annees 1980 a la fondation de l'Opera Bastille et de la Cite de la Musique... pas toujours au profit des politiques qui ont fait appel a lui car le musicien n'a pas sa langue dans sa poche et n'hesite pas a pointer du doigt les incoherences des projets qu'on lui presente.
En 1988, la television lui offre une serie de six reportages, Boulez XXe siecle dans laquelle il revient longuement sur ses conceptions artistiques, ses methodes de travail et son admiration pour Mahler. Il choisit, en 1992 de demissionner de la direction de l'IRCAM afin de se consacrer pleinement a sa carriere de compositeur et de chef d'orchestre, repondant la encore aux nombreuses sollicitations internationales.
Succession??
Pas particulierement gene par son grand age, Pierre Boulez continue a assurer de nombreuses directions d'orchestre et s'il demissionne successivement de tous ses mandats et postes de prestige, il consacre son energie a l'ecriture, qu'elle soit musicale ou litteraire et toujours a theoriser sur le sens de la musique. Infatigable musicien, Boulez devient lui-meme sujet de nombreuses theses et autres ouvrages consacres a la musicologie. Devenu Maitre en la matiere, l'homme n'en continue pourtant pas moins ses activites artistiques, les annees ne semblant pas avoir prise sur sa creativite. A la tete d'une ?uvre colossale, Boulez ne semble pourtant pas souhaiter faire valoir ses droits a la retraite. En 2006 sort ainsi la seconde partie de sa seconde ??Derive pour onze instruments??. Une question cependant, hante le maitre au crepuscule de sa vie?: aura t'il une succession??
Copyright 2010 Music Story Benjamin D'Alguerre
- 2006