Onze ans d?existence, quatre albums (La Ouache, Rebelote, Archie Kramer et maintenant La Cerise, un disque live (Lust For A Live): le simple bilan chiffre resume a peine la sante petaradante de Matmatah. Le groupe de Tristan Nihouarn, Cedric Floc?h, Eric Digaire et Benoit Fournier - qui les a rejoint il y a quatre ans a la batterie - trace sa route, en toute independance, au rythme alterne d?un disque et d?une tournee tous les deux ans. En 2006, le quadrige brestois a meme double la cadence en decochant sitot le dernier concert termine, un petit recueil de six titres inedits sous karma indien, ? And Time Goes Friendly ? ne sur les routes des epices.
L?histoire du rock l?a souvent prouve a ce rythme, la majorite des bands de rock se grillent en moins de trois ans. Pas Matmatah. Ce groupe est une veritable dynamo. En donnant de l?energie sur scene, il recharge ses propres batteries pour l?album a venir, trouve de nouvelles voies a defricher pour aerer sa musique et en pimenter les regles du jeu. Il faut au moins ca pour entretenir le desir. ? On entend souvent les artistes dire ? Un disque c?est un peu comme un bebe ?. C?est inexact : une fois qu?il est grave, un disque ne grandit jamais. Il est fige... comme un polaroid. Seuls les concerts peuvent faire evoluer les chansons. Dans Matmatah, une fois un album termine, ce sont surtout la tournee et l?album suivant qui nous obsedent. On n?aime pas s?attarder sur le passe.?
En regardant devant, Matmatah a fait des pas de geant depuis La Ouache. En corrigeant ca et la des malentendus et en s?associant avec les bons hommes de son - Daniel Presley (Faith No More), Head (PJ Harvey), Emmanuel Casals (Gotan Project), les quatre ont touche un premier bout de grace sur Archie Kramer, le troisieme volume de leur discographie. Propulse par le single Au Conditionnel et soutenu dans une tournee au long cours, le groupe y a abouti jusque dans les moindres details sa posture musicale.
On le sait depuis, Matmatah n?a rien a faire des notions d?avant-garde ou de poses experimentales, il se contente de croire aux valeurs fondamentales de la musique : le plaisir, la joie simple d?une composition imaginee, vecue et jouee avec le coeur. Toute l?identite du groupe est la, dans un art de vivre ses chansons, de citer ceux qui habitent leur discotheque et leur imaginaire sans se planquer derriere des ecrans de fumee esthetisants. C?est dans la maniere, la malice, le coup de pinceau, que Matmatah signe sa singularite aujourd?hui incontestable. En ouvrant sur la chanson titre La Cerise, ce quatrieme album porte immediatement la marque de fabrique de ses geniteurs. Il en prolonge l?esprit dans des chansons traditionnelles du registre ? matmatien ?- ces tranches de vie desopilantes ou le groupe passe l?absurde a la moulinette (Crepuscule Dandy, Basta Les Aleas), mais surtout dans cette habilete a se jouer des influences pour les telescoper entre elles ou les teleporter dans des univers insolites. En osmose avec le realisateur Thierry Garacino et le mixeur Scott Greiner, Matmatah s?invente son monde ideal en organisant des rencontres intimes entre les genres, dans un superbe ecrin sonore vintage respectueux des grains et des justesses de gouts. L?art du talk-over y fusionne avec les constructions biscornues de Jimmy Page (Le Festin De Bianca) ; a mi-chemin entre un Lennon 71 et un Bowie 72, un ruisseau de cordes glisse sur la chute de rein d?un piano (Entrez Dans Ce Lit) ; un ciel de plomb ecrase l?homme a la tete de choux (La Fleur De l?Age), Iggy Pop danse le mambo (La Serpeta Del Barrio) et Muddy Waters joue avec un orchestre deliberement foutraque sur Pony The Pra - une piece explosee en quatre temps inspiree d?un texte du Book Of Blues de Jack Kerouac. Ludique et aventuriere, rigoureuse et erudite, cette Cerise realise non seulement la meilleure emulsion entre les aspirations personnelles du groupe et les disques qui ont compte pour lui, mais elle revele aussi des talents d?ecriture jusqu?ici plus pressentis qu?averes. Dans cette grosse dizaine de chansons, Matmatah a manifestement franchi un cap dans l?evocation, la teneur cinematographique, la volonte narratrice de ses textes. Chaque chanson y resonne comme une petite nouvelle de quatre minutes, brassant les histoires de facherie conjugale, sondant la beaute effrayante des cicatrices du temps, cartographiant les chemins de l?experience, du don de soi, de l?amour et de la liberte. ? Now We Have A Pen ? chante Matmatah dans la langue des Beatles... On confirme.
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