Marcel et son Orchestre



A la recherche d'une nouvelle grosse betise, on s'est dit que de faire une tournee d'Adieu, une vraie cette fois, cela serait bien marrant. Y'aurait pour une fois, une belle Happy-end. Parce que les histoires tristes, celles qui finissent mal, y'en a marre.

On n'a jamais rien calcule, peut-etre c'est mieux, peut-etre pas, mais c'est comme ca qu'on l'a fait. Savoir ou cela allait nous mener, on s'en foutait. Le seul mot d'ordre etait ? Let's go ?, comme dans la chanson des Ramones.

La seule envie etait de bousculer les certitudes et de taquiner les petits poseurs du rock'n'roll. On trouvait amusant de prendre volontai- rement le nom le plus handicapant possible, le plus potache, juste pour voir jusqu'ou cela nous conduirait dans ce monde du paraitre et de la frime, en se fiant a nos devises : ? Mefiez vous des apparences ? ? L'alibi ne fait pas l'ane ?



En se deguisant, nous changeons de peau, nous sommes quelqu'un d'autre, un peu comme Docteur Jekyll et Mister Hyde.

La scene est pour nous l'occasion de faire et de donner tout ce qui est tres difficile, voire impossible dans le reel.

On a joue partout, dans toutes les conditions, pour toutes les occasions mais a la tete du client quand meme, faut avoir des principes. Rapidement on est passe des concerts dans les M.J.C. aux plein air. On s'est retrouve en 1991 representants du Nord pas de Calais au Printemps de Bourges. L'antenne regionale avait toutefois vivement conseille a notre bassiste de retirer son bas. L'epoque n'etait plus au Glam Rock.

Une cassette envoyee dans quelques bars bretons nous a fait visiter cette region de long en large.Certains tauliers proposaient meme de casser un mur de leur bar trop petit, pour nous accueillir le soir.On partait en tournee avec nos tentes canadiennes, qu'on avait souvent des difficultes a monter en pleine nuit. Heureusement, on savait seduire, donc de gentilles ames soeurs nous ont souvent offert le gite.

En 1995, on avait visite une bonne partie des villes Francaises. Y'avait meme pas l'idee de faire un disque, ce sont les premiers fans qui nous ont pousses. Ils voulaient pouvoir deconner sur nos chansons a leur maison. On a lance une souscription, 300 personnes ont file 100 Francs (s'ils avaient ete dix mille, on se s'rait p'etre barres avec le ble). Y'avait eu bien sur une toute premiere K7 et peu apres un CD 5 titres qu'on filait aux organisateurs et qu'on vendait un peu a la sortie des concerts.

Le premier album est sorti en 1996 sous le gentil titre de ? Sale Batard ?. Cela nous faisait marrer d'imaginer les gamins demander: ?Est-ce que vous avez l'album des Marcel, Sale Batard ??. Des chansons telles que ? BRRR ?, ? la 7eme compagnie ?, ? Pantoufles... ? deviennent des incontournables dans toutes les bonnes soirees delirantes.



? On n'attendait rien, on recevait tout avec le meme plaisir ?

Heritiers de l'esprit des groupes punks alternatifs, on envoyait des cartons de disques dans plein de bars ou on avait joue, et quand c'etait vendu, ils envoyaient l'oseille. Sans aucune embrouille. Puis tout s'est accelere, un distributeur de metal independant, Tripsichord, nous a propose une collaboration et les ventes ont explose.

Rapidement on a ficele le deuxieme album ? Crane pas t'es chauve ? en 1998 et les premieres grosses tournees avec tour bus, festivals... se sont enchainees. Les titres ? Comme un balai ?, ? Si ca rapporte ?, ? Body building ?, ? Les vaches ? s'ajoutent aux classiques et ? La fee depovga ? devient pretexte a une choregraphie hallucinante lors des concerts.

Souvent on affichait complet, la classe. Sans tapage mediatique, le groupe mettait le feu partout, pendant 5 ans on a pas vraiment pose les sacs.

Suivent les albums ? Si t'en reveux y'en re n'a ?, en 2001 ou en avouant notre penchant pour les ? Femmes Mures ?, on se retrouve avec une scene chaque fois envahie par de jolies nanas desireuses d'afficher leur mine emancipee.

En 2003, arrive ? Un pour tous chacun ma gueule ? avec les rotations du clip ? Fil a retordre ?, et le titre ? Soleil dans les bouchons ? sur les ondes.

Lorsqu'en 2003 les victoires de la musique ont cree la categorie revelation scene, on s'est vu nomines. Arrive alors le DVD ? Bornes to be en live ? en 2005, qui temoigne de l'hysterie des concerts.

Vient ensuite l'album ? E=CM2 ? ou la collaboration avec Greenpeace sur le titre ? CO2 ?, nous amene a Biscarosse, pour denoncer la violation du traite de non-proliferation de l'arme atomique dans une ville encerclee par les helicos. Cet album nous a aussi permis de rencontrer la vraie, l'horrible Nelly Oleson, curieuse de voir qui etait ces frenchies qui avaient ecrit ? La Famille Ingall's ?, et le titre ? Bonne Fete Maman ? anime depuis, bon nombre de fetes des meres.

En 2009 sort ? Bon Chic Bon Genre ? ou les chansons rebelles ou encore legeres et deconnantes s'effacent un peu, pour laisser davantage de place a la tendresse ? Tuma ? , ? Elle veut plus m'donner la main ?... Le clip ? Nous n'avons plus les moyens ? re-enfonce neanmoins le clou, en montrant que l'actualite croquee a la sauce Marcel reste tres epicee.

Tous les evenements, toutes les chansons etaient pretexte a une gentille sottise. Depuis les Francofolies ou, pour la premiere fois, notre bateau pneumatique a brave la foule bien agitee, en passant par les Vieilles Charrues affubles de jolies moustaches, ou encore aux Solidays avec un faux bronzage qui a degouline tout le concert... Et nous voila vingt ans apres, la tete pleine de milliers d'anecdotes, de grandes joies, de drames parfois.... Voila 20 ans, peut-etre meme plus, qu'a contre vents, en se marrant, sans se soucier des modes, de la branchitude, des codes et des facons que Marcel trimbale son mauvais esprit, ses riffs et ses refrains convulsifs sur toutes les scenes, de la plus modeste a la plus prestigieuse.

Si le rock'n'roll est au depart un cri, un besoin de sortir du cadre, du rang,

si le rock'n'roll est le moment ou on met a mal les codes de bonne conduite,

ou on peut rire de l'institution, de la religion, alors...

Alors le rock'n' roll est ne dans le Nord pas de Calais et s'appelle Carnaval !

Si le carnaval est un exutoire, Marcel et son orchestre en est l'un des meilleurs ambassadeurs.

Marcel a fabrique son look en prenant le parfait contre-pied de la rock'n'roll attitude, en accumulant les fautes de gout avec une joie jamais dissimulee. Les entrepots du Secours populaire nous y ont bien aides.
Dans cette epoque ou meme les rockeurs ont moins d'audace vestimentaire que les agents d'assurance, Marcel a cree un espace ou il n'y avait plus de frontiere entre le groupe et le public. Il n'y avait plus d'un cote le groupe et de l'autre les spectateurs, mais une fete.

Une fete exuberante, debridee et salutaire.

Ce qui nous est arrive est 1000 fois au dessus de ce que nous avions imagine.

En demarrant cette aventure a la toute fin des annees 80, l'idee etait juste de trouver le moyen de ne pas trop s'faire chier.

On naviguait a vue, sans aucun plan de carriere.

Pendant plusieurs annees, on se foutait de deposer les chansons a la Sacem, sur les declarations de cette venerable institution, on signait le pape, Alain Delon ou encore ta mere.... On se savait meme pas ce qu'etait l'intermittence du spectacle.

On a du cadrer le bazar car on etait de plus en plus visible et reellement hors la loi.



Voici donc notre dernier disque. Nos dernieres grosses betises.

"Dans la joie jusqu'au cou...Tous les coups sont permis!" (Double album electrique et acoustique / Sortie le 30 janvier 2012)