Alan Silvestri

New-Yorkais de naissance, Alan Silvestri voit le jour le 26 mars 1950. La musique devient tres vite le moteur de ses ambitions et c'est au sein du Boston Berklee College of Music qu'il fait ses classes, multipliant les experiences et les compositions. Attire par le rock, il integre Wayne Cochran & the C. C. Ryders, une formation ou joue sa petite amie de l'epoque, puis forme un duo avec elle.

A chaque fois, les tentatives de developpement commercial de leurs aventures musicales se soldent par un echec. De guerre lasse, Silvestri admet qu'il ne sera jamais une rock star et accepte de mettre un mouchoir sur sa fierte et opte pour une carriere d'arrangeur et de compositeur au service du rocker Bradford Craig. C'est par l'intermediaire de ce dernier qu'il integre, bien malgre lui, le milieu du cinema. En effet, Craig se voit sollicite en 1971 par Quincy Jones pour composer la bande originale de The Dobermann Gang, et c'est tout naturellement qu'il propose a Silvestri de devenir son parolier. Le resultat s'avere concluant et plusieurs realisateurs reconnaissent le travail du jeune homme, qui comprend par ailleurs que l'industrie de la musique de film a besoin de gens comme lui.

Compositeur mercenaire, il s'attelle a tous les supports, indifferemment, tant que cela lui permet de payer les factures?: series televisees, telefilms, publicites... Silvestri multiplie les experiences et son aisance dans le domaine de la composition s'ameliore d'autant qu'il commence reellement a apprecier l'exercice de style. S'il participe a quelques series TV d'importance comme Manimal ou Starsky et Hutch, c'est en 1984 que sa carriere de faiseur de bandes originales debute reellement lorsque le plus tout a fait debutant Robert Zemeckis le contacte pour lui proposer de mettre en musique un long-metrage qu'il prepare avec Michael Douglas, alors producteur du projet. Romancing The Stone (A la poursuite du diamant vert, en VF) est la premiere experience notable de Silvestri dans la composition au service du cinema.

Cependant, encore ignorant des realites de ce milieu, il repond, la meme annee, aux sollicitations d'un...??prestigieux?? realisateur francais, Philippe Clair, qui vient de debaucher rien de moins que Jerry Lewis pour les besoins d'une comedie populaire assez cataclysmique?: Par ou t'es rentre, on t'a pas vu sortir. Le resultat est epouvantable?: Jerry Lewis exige que le film ne sorte jamais aux Etats-Unis, mais Silvestri, lui, s'en sort plutot dignement. De toute facon, a l'epoque, il ne peut guere se permettre de faire la fine bouche quant aux commandes qu'on lui passe. L'annee suivante voit Robert Zemeckis faire a nouveau appel a lui pour les besoins de Retour vers le futur, un film dont la B.O. le fait rentrer dans la cour des grands. Certes, la meme annee, il contribue egalement a Delta Force, film d'action muscle mettant en scene l'invincible Chuck Norris reglant a lui tout seul le conflit israelo-palestinien a grands coups de tatanes, mais c'est surtout sa prestation pour Zemeckis qui reste dans les memoires.

Touche a tout hollywoodien

Desormais bankable, Silvestri continue son petit bonhomme de chemin dans le milieu de la production hollywoodienne et s'attaque a des budgets de plus en plus importants. S'il tate de tous les genres, c'est essentiellement dans le domaine fantastique qu'il s'illustre. Si Mac et moi ou J'ai epouse une extraterrestre sont des films tres oubliables pour lesquels Silvestri se contente du minimum syndical, des projets plus ambitieux comme Predator, Abyss ou Qui veut la peau de Roger Rabbit?? lui permettent de deployer davantage d'imagination et de creativite. Mais c'est surtout sa fidelite a son ami Robert Zemeckis qui lui vaut la reconnaissance tant du public que de la profession?: les deux suites de Retour vers le futur, en 1989 et 1990, La Mort vous va si bien, en 1992, et surtout Forrest Gump, en 1994 font de Silvestri un des pontes de la composition hollywoodienne, d'autant que l'artiste excelle dans un registre pluridisciplinaire.

Capable de s'attaquer a tous les genres avec la meme aisance, on peut entendre les symphonies de ce cameleon musical aussi bien dans le domaine du fantastique (Predator2) que du thriller a suspense (Blown Away) ou encore de la comedie pataude (Arrete...ou ma mere va tirer) et meme du film pour enfants (Super Mario Bros). Sans aller jusqu'a preter au compositeur un esprit mercenaire, force est de reconnaitre qu'il multiplie les experiences et les domaines d'activite, sans se specialiser dans aucun et choisissant de les traiter tous avec le meme enthousiasme. Au fur et a mesure de son ascension vers la respectabilite hollywoodienne, celle qui se chiffre en millions de dollars, son carnet d'adresse s'etoffe?: Stephen Hopkins, Mick Jackson, Russell Mulcahy ou Richard Benjamin font alors partie de la nouvelle generation de cineastes, celle qui compte desormais aux yeux des executifs des grands studios.

A la difference d'un Ennio Morricone, resolument associe au style western, d'un Danny Elfman, considere comme le pape du ??gothique burtonien?? ou d'un Bernard Herrmann etiquete ??maitre du thriller angoissant??, Silvestri a pour lui l'avantage de la diversite, et les realisateurs qui font appel a lui ne s'y trompent guere. Capable d'oeuvrer aussi bien dans le domaine du divertissement pour enfants (Lilo et Stitch, Stuart Little 2...), du film testosterone (L'Effaceur), du film catastrophe (Volcano), du film catastrophique tout court (Judge Dredd), de la comedie nunuche et sucree (Ce que veulent les femmes), du western (Mort ou vif), ou de la comedie grand public (les deux opus du Pere de la mariee), il se voit recompenser par un Richard Kirk Award en 1995, decerne par la Broadcast Music Incorporated) et par un doctorat d'honneur du Berklee College qui salue ainsi son ancien eleve. Cependant, et de maniere presque injuste, il ne recevra ni Oscar, ni Grammy Award, ni Golden Globe pour ses compositions et ce meme si le six fois oscarise Forrest Gump (de Robert Zemeckis) lui vaut une nomination a ces trois recompenses.

Robert et Alan

Robert Zemeckis, justement, auquel Silvestri se montre d'une fidelite digne des mariages d'amour les plus reussis. Il n'est guere de projet de Robert auquel Alan n'est pas mele. Couple detonnant du cinema hollywoodien, le cineaste et le compositeur sont portes l'un comme l'autre par la meme volonte de diversite artistique. S'il existe indeniablement une ??Zemeckis and Silvestri's touch??, leurs collaborations relevent de domaines cinematographiques et d'univers visuels divers?: le tres lacrymal autant qu'emouvant Forrest Gump n'evolue pas du tout dans le meme registre que l'angoissant et nerveux Apparences, ou que le fantastique Contact, mais a chaque fois, la symbiose entre les deux hommes est parfaite.

Une association qui porte d'ailleurs les collaborateurs (auxquels s'associent volontiers et semi-regulierement le scenariste Bob Gale et l'acteur-producteur Tom Hanks) a se pencher sur des projets aussi ambitieux que Seul au monde, le Pole Express ou encore La Legende de Beowulf. Autant de recits et de domaines differents pour lesquels Silvestri decouvre de nouvelles harmonies et des sonorites aussi bien inspirees des chants de Noel traditionnels que des antiques ballades irlandaises, saxonnes et scandinaves.

Compositeur, pilote et oenologue a ses heures perdues (il possede son propre appareil et ses propres coteaux), Alan Silvestri s'est impose comme l'un des rois de l'entertainment americain et l'une des valeurs sures de la composition de musique de films a grand spectacle. Meme si aucune petite statuette doree n'orne le linteau de sa cheminee, il reste l'un des plus gros vendeurs de B.O. du monde. Et ca, a Hollywood, ca vaut tous les Oscars du monde.

Copyright 2010 Music Story Benjamin D'Alguerre