Fils d?un cadre de l?industrie petroliere, Noel Scott Engel nait le 9 janvier 1943 dans l?Ohio. Il vit une enfance agitee, en grande partie a cause du divorce de ses parents et des demenagements incessants de son pere pour raisons professionnelles. En plus, il ne manifeste guere d?interet pour les etudes et il se fait renvoyer de plusieurs etablissements pour vandalisme. Encore enfant, il apparait dans un feuilleton televise, ce qui lui permet d?enregistrer ses premiers 45-tours, devenues des pieces de collection ultra-recherchees. La lecture des auteurs de la beat generation l?incite un temps a partir a l?aventure sur les routes d?Amerique, traversant tout le pays en auto-stop. Adolescent, il gagne sa vie a Los Angeles comme bassiste de studio ? il fut en fait un des premiers a y jouer de la basse electrique. Debut 1965, il part avec les Walker Brothers (un groupe qu?il a fonde l?annee d?avant a L.A. avec deux copains musiciens, soucieux comme lui d?echapper au service militaire) et met le cap sur l?Angleterre, un pays qu?il ne quittera plus et ou il trouvera la renommee.
En 1968, a la dissolution des Walker Brothers, le seduisant et charismatique Scott conserve la plus grande partie de leurs fans. Le show televise qu?il anime alors sur la BBC ? ou il chante souvent en avant-premiere ses nouvelles chansons ? jouant un grand role dans sa popularite. Souhaitant continuer dans la direction qu?il avait prise vers la fin du groupe, il garde a ses cotes son producteur John Franz, qui va l?aider a realiser ses quatre premiers albums solo (de tres loin ses meilleurs) en l?entourant de certains des meilleurs arrangeurs anglais du moment?: Reg Guest, Peter Knight, Wally Stott. Loin du psychedelisme, du blues revival et du Flower Power alors triomphants, ses chansons elaborees, aux orchestrations precieuses a la Burt Bacharach et sa voix de jeune crooner detonnent completement dans un monde musical toujours plus avide de nouveautes et d?experiences (surtout quand certaines substances circulent) et ou l?approximation est souvent la regle.
Determine a montrer qu?il n?etait pas qu?un simple phenomene de mode avec les Walker Brothers, Scott a de son travail une conception vraiment artistique, qui ne se limite pas qu?a la pop?: ainsi, l?influence d?ecrivains comme Jean-Paul Sartre ou Albert Camus se ressent dans ses textes images et profondement introspectifs?; de meme, passionne par l?oeuvre de Jacques Brel, il entreprend de la faire connaitre au monde anglo-saxon, via les adaptations de certaines de ses chansons par Mort Shuman. D?abord seduit, le grand public le suit et fait meme de Scott2 un surprenant numero un des ventes en Angleterre. Prenant ainsi de plus en plus d?assurance, Scott ecrit et compose?une part grandissante de son materiel : en 1970, sur le memorable Scott4, il signera meme seul toutes les chansons, sous le nom de ??Noel Scott Engel??, ni plus, ni moins. Helas, l?echec monumental de ce disque aura pour lui de lourdes consequences?: son projet suivant, le trop ambitieux ?TilTheBandComesIn, sera abandonne a mi-chemin faute de financements suffisants et ne sera guere plus remarque que Scott4.
Les annees d?apres, il desarconne meme ses fans les plus fideles en sortant des albums de reprises country qui ne lui ressemblent guere et en contribuant a des B.O. de films qui passent inapercues. Petit a petit, il prend ses distances avec sa vie de chanteur?: on le dit reclus, solitaire, depressif, passionne de peinture et de chant gregorien, passant la plus grande partie de son temps a jouer aux flechettes et a lever le coude dans les pubs?; sur le plan personnel, on ne sait presque rien de lui, si ce n?est qu?il a ete marie et a une fille. Avec reticence, il acceptera en 1975 de reformer les Walker Brothers mais la encore, en depit de nouveaux succes, le groupe ne durera pas et Scott retournera a sa chere carriere solo.
Meticuleux et perfectionniste, d?un temperament ombrageux (il enverra tout un album a la poubelle apres s?etre dispute lors de l?enregistrement avec le producteur Brian Eno), il beneficie envers et contre tout du soutien de ses maisons de disques mais ne produit plus que tres peu, a peu pres une oeuvre par decennie en fait, ainsi le deroutant ClimateOfHunter en 1984 (alors la plus mauvaise vente de toute l?histoire du label Virgin, avec une participation du guitariste de Dire Straits Mark Knopfler et de... Billy Ocean?!), le sombre et desespere Tilt en 1995, marque tout autant par la musique de chambre que par Nine Inch Nails (!), la B.O. du film francais PolaX (Leos Carax) en 2001 et le tres hermetique TheDrift? son dernier album en date ? en 2006 (il a egalement ecrit des chansons pour un album d?Ute Lemper). A chaque fois, la critique repondra present, mais pas le public, non sans raison, d?ailleurs. Fidele a ses principes, il n?accorde que tres peu d?interviews et limite au maximum ses apparitions en public?; s?il accepte en 2000 de parrainer a Londres le festival du Meltdown, il fait bien stipuler dans son contrat qu?il ne se produira pas sur scene. Recemment, un documentaire realise pour le cinema, ThirtyCenturyMan (du nom d?une de ses chansons sur Scott 3), a permis a une plus large audience de se familiariser avec son oeuvre et sa personne.
Sans cesse redecouvert puis adule par l?elite de la brit pop et de la pop tout court (David Bowie, Pulp (dont il produit l?album We Love Life en 2001, The Divine Comedy, etc.), Scott Walker n?a peut-etre pas tenu toutes les promesses que son immense talent laissait esperer, son caractere instable lui ayant joue plus d?un mauvais tour. Mais peut-etre etait-ce le prix a payer pour celui dont Julian Cope, un autre de ses emules, avait qualifie dans un elan lyrique de ??godlike genius??. Mais la, genie ou pas, Dieu n?est qu?un homme...??
Copyright 2010 Music Story Frederic Regent
- 1999