Ryuichi Sakamoto

Ne a Nakano (Japon) le 17 janvier 1952, Ryuichi Sakamoto se montre un musicien des plus precoces. A trois ans, le jeune bambin commence a etudier le piano ; a dix ans, il compose ses premiers morceaux. Particulierement eclectique, le petit prodige s?interesse autant a Beethoven qu?aux Beatles, et commence des onze ans a suivre des cours particuliers avec un professeur de l?Universite des Arts de Tokyo.

Electro-pop a Tokyo

C?est donc un musicien deja accompli qui devient en 1971 eleve de ladite universite : le jeune Ryuichi decouvre au cours de ses annees estudiantines l?usage du synthetiseur. La faculte possede plusieurs de ces instruments alors rares et chers, et Ryuichi Sakamoto se passionne rapidement pour les possibilites inedites et infinies offertes par la technologie musicale de pointe. Egalement interesse par les instruments ethniques, c?est en artiste aussi eclectique que barde de diplomes que Sakamoto sort de l?universite.

Si ses annees de potache lui ont egalement occasionne quelques errements politiques, via la frequentation de groupes d?etudiants d?extreme-gauche, la passion de la musique est heureusement la plus forte chez le jeune homme, qui s?ecarte vite de la politique pour commencer a travailler comme musicien de session, pour divers ensembles japonais de Rock, de Jazz ou de musique classique.

L'orchestre jaune

Clavieriste et arrangeur repute, Ryuichi Sakamoto accede au devant de la scene a la fin des annees 1970 : en 1978, il sort son premier album solo, The Thousand Knives of Ryuichi Sakamoto. Mais c?est dans une aventure collective qu?il accede, la meme annee, a la notoriete : avec Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi, il forme le trio Yellow Magic Orchestra, qui s?illustre dans le genre electro. Le groupe remporte un grand succes, non seulement au Japon, mais aussi en Occident, ou sa musique au synthetiseur est notamment appreciee du public des boites de nuit. Considere comme un groupe pionnier de la musique electronique, Yellow Magic Orchestra sort treize albums en six ans et realise des tournees mondiales, ou son utilisation des synthes et de la technologie digitale apporte aux trois japonais une aura de dignes emules de Kraftwerk.

Desormais musiciens celebres et reconnus, les membres de Yellow Magic Orchestra developpent leurs propres projets, qui leur prennent de plus en plus de temps et entrainent la fin du groupe au milieu des annees 1980 ; les trois ex-membres du trio demeurent cependant en bon termes et font chacun volontiers des apparitions en vedette invitee dans les concerts des autres.

Encyclopedie musicale

En 1983, Ryuichi Sakamoto renforce sa notoriete en Occident en participant au film de Nagisa Oshima, Furyo, dont il compose la bande originale et interprete l?un des roles principaux. Dans ce drame situe durant la Seconde Guerre Mondiale, Ryuichi Sakamoto donne la replique a une autre star de la musique en la personne de David Bowie (mais aussi a Takeshi Kitano, alors acteur comique, qui tient ici son premier role ? serieux ?). Le succes mondial de Furyo apporte au travail de Ryuichi Sakamoto une aura supplementaire. Bien que convaincant dans son role, Sakamoto se considere comme un acteur assez limite et ne jouera guere de roles par la suite, principalement via quelques apparitions clin d?oeil.

L?annee suivante, il sort un nouvel album solo, Illustrated Musical Encyclopedia. Devenu l?un des musiciens japonais les plus connus a l?international, Sakamoto multiplie les productions, choisissant souvent de sortir des albums-concepts, dont les morceaux tournent autour d?un meme theme, parfois eloigne de la musique : Futurista est ainsi bati autour du theme du futurisme, mouvement artistique italien du debut du XXeme siecle et Esperanto traite de la tentative de langage universel. Les interets de Ryuichi Sakamoto ne se limitent pas a la musique et l?ex electro-man s?active egalement dans l?edition, en montant sa propre entreprise de publications.

Dernier Empereur et premier Oscar

Parallelement a ses albums, le musicien se montre tres actif en tant que compositeur de musique de films : s?il n?a pas souhaite continuer son experience de comedien, le hit de Nagisa Oshima lui a apporte de nombreux contacts dans le monde du cinema. Contacte par Bernardo Bertolucci pour tenir un role secondaire dans Le Dernier empereur, il accepte mais en profite pour demander de composer une partie de la musique, tache qui l?interesse bien plus. Bien lui en prend, car la musique du film, dont il partage les credits avec David Byrne et Cong Su, remporte un Oscar.

Ryuichi Sakamoto, qui beneficiait deja du succes de Furyo, devient l?un des compositeurs de musiques de film les plus cotes. Il ne se detourne cependant pas de son travail musical personnel, et persevere dans l?experimentation et le metissage musical avec l?album Beauty, auquel collaborent des artistes aux origines aussi diverses que le Senegalais Youssou N?Dour, l?Indien Ravi Shankar, le rasta jamaicain Sly Dunbar ou Brian Wilson (ex-Beach Boys). Des melanges culturels que Sakamoto continue d?explorer avec Heartbeat, qui s?inspire de la house music, ou Smoochy, inspire par Rio de Janeiro et marque par des influences a la fois pop, electro et bossa nova.

Cote cinema, Sakamoto retrouve Bertolucci, devenu un ami, pour Un the au Sahara, puis Little Buddha. On le voit egalement travailler au fil des annees pour des oeuvres aussi differentes que le dessin anime Les Ailes d?Honneamise, Talons aiguilles, de Pedro Aldomodovar, ou Wild Palms, serie televisee concue par Oliver Stone. Il collabore avec Brian De Palma (Snake Eyes avec Nicolas Cage, et l?invraisemblable Femme fatale, ou sa musique etheree et hallucinogene fait merveille, quoi que l?on pense du film).

Multimedia made in Japan

Bien que produisant regulierement des albums solo pour le grand public, Ryuichi Sakamoto beneficie de ses competences de musicien tout-terrain pour composer en vue de grands evenements, mais aussi pour repondre a des commandes plus corporate : on le voit ainsi, en 1992, composer et diriger l?hymne des Jeux Olympiques de Barcelone.

Son gout pour les avancees technologiques se retrouve en 1998 dans Discord, un concerto compose dans un style techno, pour les besoins duquel Sony produit un CD-Rom interactif, destine a accompagner l?oeuvre musicale en creant un ensemble multimedia. La volonte d?exploration et d?experimentation de Ryuichi Sakamoto est aussi sensible sur la scene musicale (sa production oscillant entre un album-hommage au Bresilien Antonio Carlos Jobim et un disque concu avec le musicien electronique conceptuel allemand Alvo Noto) que dans son extreme plasticite de createur, qui le conduit en 2005 a concevoir pour Nokia des sonneries pour son modele Nokia 8800.

Toujours a l?affut de nouvelles experiences musicales et de creations paradoxales, Ryuichi Sakamoto s?est affirme comme l?un des createurs les plus originaux de la fin du XXeme siecle et du debut du XXIeme. Toujours surprenant et paradoxal, Sakamoto a su allier avec brio reconnaissance populaire et creation musicale d?avant-garde.

Copyright 2010 Music Story Nikita Malliarakis