Debut
La musique a caractere religieux, le blues (aussi bien rural qu?urbain), le be-bop et le cool constituerent la matiere premiere qu?il utilisa pour forger son style si particulier. Le reste est l?apanage des grands : du genie a l?etat pur.Originaire du ghetto de Watts, a Los Angeles, Charles Mingus commence par jouer du trombone puis du violoncelle. Confronte tres tot a la discrimination raciale (trop blanc pour les uns, trop noir pour les autres), il abandonne son apprentissage de la musique classique pour la contrebasse, un ? instrument noir ?. Mingus joue avec Armstrong, Kid Ory, Lionel Hampton, avant d?assurer la base de trios plus intimistes : ceux de Billy Taylor et de Red Norvo. Contrebassiste de Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach et Gillespie, il joue pour un concert legendaire a Toronto qu?il fait enregistrer par le tout nouveau label qu?il vient de creer : Debut (1953). Il ne sejourne que quelques mois dans l?orchestre de Duke Ellignton. Apres une altercation avec le tromboniste Juan Tizol (le compositeur de ? Caravan?), Mingus claque la porte. Il ne reviendra pas. Sa vie est ainsi menee d?accrochages provoques par le racisme diffus de l?epoque. En cooperation avec le saxophoniste Teo Macero, il concoit des Jazz Workshops, lieux exceptionnels d?invention et de provocation ou l?improvisation collective decoud, sous l?effet de crises, un tissu musical soigne.
Pithecanthropus Erectus
L?une de ses premieres oeuvres, Pithecanthropus Erectus (1956), ouvre avec force le chemin du free jazz. Il se met en delicatesse avec CBS qui ne veut pas publier ses ? Fables of Faubus?, sarcastiquement dediees au gouverneur raciste de l?Arkansas, sur fond de cris et de fureur. Cette meme annee 1960, ulcere des conditions faites par le Festival de Newport, il suscite a cote un ? festival des rebelles ?, veritable ? festival off ? avant l?heure ou se retrouvent, styles et generations confondues, Max Roach, Jo Jones, Coleman Hawkins, Ornette Coleman ou Roy Eldridge... A cette epoque, la musique de Mingus suit deux routes : la premiere prenant la forme d?un quatuor qui ne durera qu?un an. Constituee en compagnie d?Eric Dolphy (son partenaire le plus apprecie avec Fats Navarro), cette formation cherche a profiter au maximum de la liberte individuelle de chacun de ses membres. La deuxieme, imposante, s?oriente vers la composition d?oeuvres de longues durees interpretees par des masses orchestrales et comprenant certains succes tels que la suite ? The black Saint and the Sinner Lady? (1963) mais aussi des echecs par manque de repetitions comme ? Epitaph?, joue accidentellement au Town Hall en 1962 et interprete a nouveau seulement apres sa mort.
Paranoia
Epuise par les difficultes materielles, sociales, personnelles et trouble par la mort de Dolphy (1964), Mingus devient sujet a des crises de paranoia de plus en plus frequentes. Il? disparait quelques temps et revient, en 1971, avec Beneath The Underdog (Moins qu?un chien). Apres la publication de cette autobiographie grincante et deroutante, il monte en 1974 un quintet permanent avec le saxophoniste George Adams, le trompettiste Jack Walrath, le pianiste Don Pullen et Dannie Richmond, qui ?lui permit de produire ses dernieres compositions dignes d?interet. Les dernieres annees qui lui reste, il les passe a lancer des musiciens qui, pour la plupart, ne se realiseront vraiment qu?a son contact, de Jimmy Knepper a Jaki Byard. Quelques mois apres un hommage eclatant rendu a la Maison-Blanche par le president Jimmy Carter, Charles Mingus, paralyse et epuise, meurt a Cuernavaca, au-dessous du volcan.
L'heritage de Mingus
Apres sa mort, ses anciens collaborateurs se rassemblerent dans le souci de perpetuer le repertoire mingusien. Le 3 juin 1989, sa veuve, Sue Graham Mingus, reunit au Alice Tully Hall une formation de 30 musiciens qui offrirent une seconde vie a la monumentale ? Epitaph?, oeuvre maudite, massacree du vivant de son compositeur. Ce soir-la, les 4000 mesures qui ordonnent cette suite de plus deux heures rendirent pleinement justice a un Mingus puissant et rageur, fascine par l?etude des structures, par l?investigation des grandes formes orchestrales et par l?integration adequate du soliste en leur sein. On acceptera bien volontiers que Charles Mingus etait un grand compositeur, il affichait une grande facilite pour jouer avec les atmospheres ambigues : alors que le drame est parfois un veritable drame, il arrivait d?autre fois qu?il devienne une grimace indefinissable. Le sens de l?humour dont il a impregne certaines de ses oeuvres les plus extremistes atteint une acidite qui provoque des sensations inexplicables. En tant qu?arrangeur, Mingus savait dessiner des timbres exquis, clairement stratifies, rivalisant avec des masses sonores qui semblaient vouloir exprimer la confusion meme. Comme instrumentiste, Mingus ressemblait volontairement a un subordonne meme s?il representait l?un des sommets de l?instrument. Tres peu de contrebassistes auront atteint cette profondeur de l?expression, cette agilite des idees et ce swing communicatif qu?il deversait a foison, avec une determination fabuleuse.
??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ??? ?? Olivier Guillard
Copyright 2010 Music Story
-
2012