Nikus Pokus

Si, au debut des annees 80, vous etiez passes un dimanche a l'heure de la messe pres de l'eglise Saint-Ambroise a Paris, vous auriez pu distinguer sa voix parmi celles des enfants de choeur, quand l'agneau etait de Dieu et pas encore grille a la broche...

Pendant pres de dix ans, il oublia son organe vocal au profit d'un autre instrument, le piano, pour se frotter au classique, mais la musique du diable n'etait pas loin... Il entrerait bientot a l'American School pour y pratiquer le jazz, tout en commencant a titiller le verbe dans les squares en compagnie de quelques freres de biere.

En 1997, les Svinkels, composes de Nikus Pokus, Gerard Baste, Mr Xavier et DJ Do Bass (qui composera certains de leurs morceaux, les autres etant composes par Nikus) sortent leur EP "Juste fais la !" Ils sont les premiers a proposer une alternative a l'uniformite du paysage rap francais. Le rap festif est ne.

Nikus Pokus n'en demeure pas moins le rappeur le plus engage du groupe, aimant taquiner des sujets a caractere social ("Le Metro", ou plus tard "Front contre Front") mais toujours avec ce gout ludique du bon mot, du double sens jubilatoire, comme le faisait en son temps le poete Bobby Lapointe.

Le tube "Reveille le Punk", sort en 1999. Le groupe passe alors a Nulle part Ailleurs sur Canal + pour presenter son album, "Tapis Rouge", dont la plupart des morceaux sont desormais composes par Nikus Pokus - "Krevard", "A coups de santiags" et "Boule Puante" en sont les musts. DJ Pone rejoint les Svinkels et les accompagnera sur scene pendant pres de 9 annees et plus de 400 concerts (Olympia, Bataclan, Elysee Montmartre, Zenith de Paris, Eurockeennes).

Avec l'album "Bons pour l'Asile" sorti en 2003, Nikus le compositeur gagne ses lettres de noblesse avec des morceaux comme "Plutot mourir", "Hard Amat'" ou "Le Corbeau", et surtout "Le plancher m'appelle", ou Nikus le rappeur prend en outre un virage radical, avec le choix d'une interpretation plus naturelle, avec une voix moins poussee, sans l'effet-canard qui etait jusqu'alors sa marque de fabrique. A l'inverse, dans l'album "Gran Bang" (2004) de la marque Q-Huit, Nikus nous livre avec son comparse Rhum-G un "Helium Tremens" aux frontieres du surnaturel, voix transfigurees par l'inhalation du gaz en question.

En 2008 sort l'album "Dirty Centre", longuement mijote en studio, ou le groupe se lache et s?oriente vers un style plus smart, avec des beats massifs et des flows a l'Americaine. Avec cet album, Nikus prend un nouveau tournant: la musique y est presque entierement synthetique, composee sans recours aux eternels samples ("Ultrafestif", "Le blues du toxicomane", "Dirty Centre" ou encore "Droit dans le Mur" - pour certains arranges par Dr Crunkenstein). Le groupe est desormais accompagne sur scene par des musiciens, le "Dirty Centre Orchestra" (dont est issu Tons, qui retravaille a present les morceaux avec Nikus, les rejouant avec de vrais synthes analogiques).

L'histoire des "Svinkels" s'est interrompue en 2009, mais Nikus Pokus n'a pas fini de nous caresser l'esprit dans le sens du poil, ou de nous provoquer des demangeaisons salutaires, avec ses jongleries verbales.

Outre sa participation au deuxieme album de la marque Q-Huit actuellement en preparation, les morceaux qu'il concocte en solo, liberes de toute contrainte de style ou de theme, promettent de nous etonner, mais attention! Ce ne sera pas forcement (que) du hip-hop... Certains morceaux prevus pour son album flirtent avec la pop, le jazz ou ont meme des intonations ' easy-listening ', comme "Bonne Crise", aux accents funky tres seventies, ou Nikus adopte un style mi-parle mi-chante et des paroles renouant avec la tradition Vian ou Brassens. L'ambiance est legere, fraiche et les themes n'ont plus rien d'urbain: "Mon jardin pissotiere" (beat de rap, sons de rumba des annees 50, paroles en partie chantees) est une ode epicurienne a la campagne bourguignonne, suit un morceau de crunk jazzy faisant l'apologie du Pinot Noir issu de la meme region, puis sur une melodie katerinienne, Nikus nous narre avec un flow nonchalant les bienfaits des vacances en Bretagne: "eau plate aux fruits de mer, omoplate a la creme solaire"... Quant a "Qui m'a vole mon herbe?" il rejouira les nostalgiques de la premiere heure, avec son style ' a l'ancienne '. Nikus deroule un fil balzacien d'un titre a l'autre, faisant systematiquement reference aux paroles du morceau precedent.

Quant aux tracks qu'il destine a d'autres artistes, on y trouve des morceaux funky a influence west-coast, certains evoquent des scenes de suspense Shaftostarskyhutchiennes, d'autres nous embarquent dans un peplum epique sur fond de synthes a la Giorgio Moroder, d'autres encore vrillent carrement en pop yeye, quand ce n'est pas de l'electro teintee de sonorites a la Jacno, ou encore du hip-hop dans la plus pure tradition crunk...